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Maladies mentales en Afrique : entre incompréhension et tabou

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D’une manière générale, les maladies mentales sont mal traitées en Afrique, voire pas du tout. Le constat est amer, car il relève l’absence de médecins spécialisés, ce qui entraîne des consultations excessives chez des guérisseurs qui n’ont pas de compétences dans ce domaine. La honte est également l’une des raisons qui expliquent que les personnes souffrant de maladies mentales ne soient pas soignées. Or, l’Afrique comme tous les autres continents abrite un nombre non négligeable de patients qui ont besoin de traitements appropriés.

Un secteur médical délaissé par les pouvoirs publics

En 2014, le président de la Société Africaine de Santé Mentale (la SASM), le Dr Arouna Ouédraogo, estime que 10 % de la population africaine présentait un trouble mental. Or dans ses études les plus récentes, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) relève que si dans les pays d’Europe, on compte 1 psychiatre pour 1 000 habitants, en Afrique ce rapport passe à 1 psychiatre pour 5 millions d’habitants.

En Afrique, les systèmes de protection sociale sont mal assurés par les gouvernements. Dans le domaine de la santé, les priorités sont accordées aux maladies les plus populaires. Dans ce contexte, la psychiatrie relève d’un intérêt très lointain et cette discipline ne bénéficie donc d’aucune subvention.

Un facteur économique et des facteurs culturels

Dans son ouvrage « Itinéraires thérapeutiques des schizophrènes à Abidjan », le Pr Jean-Marie Yeo Tenena, chef du Service d’Hygiène Mentale d’Abidjan et Vice-président de la SASM, indique que seuls 23 % des malades viennent le consulter en première instance. Le facteur économique est le premier frein à ce type de consultation. Après avoir questionné ses patients, il constate que dans 43 % des cas, les proches considèrent que la maladie a une origine mystique. Parmi ceux qui viennent le consulter, 70 % continuent à se rendre dans un lieu de culte pour se soigner et 12 % vont voir un tradithérapeute. Pour le Pr Tenena, le manque de moyens économiques s’accompagne souvent d’un manque de connaissances médicales basique. Habituellement, en Afrique, les prêtres et les guérisseurs se substituent généralement aux docteurs.

Le tabou des maladies mentales

Pour beaucoup de spécialistes, l’absence de structures adéquates repose sur le dénigrement des malades mentaux qui a longtemps dominé dans les sociétés africaines. De ce fait, il y a moins de 20 ans, à peine un quart des États d’Afrique dispose d’une législation relative à la santé mentale et accorde des droits aux personnes qui en sott affectées. Dans de nombreux pays d’Afrique, les malades mentaux restent cantonnés chez eux où ils sont souvent maltraités. La honte est le sentiment que ressentent les parents et les proches de beaucoup de déficients mentaux.

Cette méconnaissance est à l’origine d’une évolution imparable de la maladie. Les maladies mentales peuvent être correctement soignées dans 1 cas sur 5 quand elles sont traitées par un psychiatre, et ce, dès que les premiers symptômes se manifestent.

Pour la SASM, le problème du traitement des maladies mentales en Afrique est une bombe à retardement. Outre le fait que les malades ne sont pas soignés, le continent abrite toutes les causes de l’apparition de maladie comme la dépression, la schizophrénie ou l’épilepsie, à savoir : les guerres, les conflits ethniques, les migrations forcées, les famines, le chômage, le manque de logement décent, le manque d’hygiène, etc. On peut ajouter à cette longue liste, les corollaires dans lesquelles les maladies mentales font leur nid : l’alcoolisme, le sida, la mortalité périnatale. Tous ces facteurs ont un impact néfaste sur la santé mentale des populations. Or ces situations se multiplient.

À SUIVRE : Les fausses croyances à l’origine du calvaire des Albinos en Afrique.

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