Santé

Afrique de l’Ouest : quand la mendicité se professionnalise

Que ce soit dans les rues de Cotonou, de Lomé, d’Abidjan, d’Abuja, d’Accra ou encore de Dakar, les mendiants marquent leur présence. Jeunes ou vieux, femmes ou enfants, souvent fagotés de guenilles, ils vous assaillent, vous agressent presque. Leur terrain de prédilection : les carrefours et les feux tricolores. Ils sont très nombreux en Afrique de l’Ouest. Si pour certains mendier est une nécessité, pour beaucoup d’autres, c’est la panacée pour rompre avec le chômage et le caractère laborieux du travail. Ces derniers deviennent de vrais professionnels.

Une tolérance séculaire à la mendicité

« Je suis d’une lignée de mendiants. De mon aïeul jusqu’à moi en passant par mon géniteur, nous avons toujours vécu de l’aumône », dit Akim, mauritanien de la cinquantaine rencontré dans les rues de Cotonou.

Dans la bonne vieille tradition Africaine, l’aumône est une question plutôt culturelle. Donner de l’argent aux pauvres et aux nécessiteux est plus un réflexe qu’autre chose. Cette culture est encore plus enracinée dans les pays où exposés à la culture arabo-musulmane. L’aumône est une obligation pour tous les musulmans qui en ont les moyens. La conséquence en est que dans les pays tels le Burkina, le Mali ou encore le Sénégal, la mendicité est beaucoup plus développée que dans les autres pays.

Mendiants par nécessité…

En général, on trouve dans le cercle des mendiants différentes catégories de personnes : les handicapés physiques d’un côté, et les handicapés mentaux de l’autre. Au sein de la première catégorie, il y a les aveugles, les sourds, les estropiés, les victimes de la poliomyélite, les personnes atteintes de lèpre, les vieilles personnes, et les enfants de la rue abandonnés à leur propre sort. La deuxième catégorie regroupe toutes les personnes ayant un certain déséquilibre d’ordre psychique. Mais il existe, toutefois, une troisième catégorie. Celle des individus qui ne sont diminués ni physiquement ni mentalement, mais qui se plaisent à vivre de la mendicité. Ceux-là deviennent mendiants par vocation et en font une véritable profession.

Ou par vocation

« Elle était svelte, mais avait un français plutôt limpide. Elle s’était rapprochée de ma table, quémandant de l’aide pour son enfant qui était à l’hôpital. Elle a réussi à toucher ma sensibilité et j’ai vidé ma poche pour elle, sans réfléchir. Six mois plus tard, je retrouve la même femme me demandant de l’argent pour les mêmes raisons qu’il y a six mois. J’étais choqué », Frédéric rencontré à Nattitingou, une ville du nord Bénin.

Cette femme décrite par Frédéric fait partie de cette frange de la population qui se clochardise volontiers et fait de la mendicité une profession. Les mendiants professionnels ne souffrent d’aucune insuffisance – ni physique, ni mentale – ils ont tout leur sens. Mais, au lieu de travailler, ils préfèrent vivre sur le « dos du monde », soit par paresse soit par dépit. Certains se déplacent avec femmes et enfants et prennent d’assaut les angles des rues. Ils se cachent eux-mêmes dans un angle discret, laissant les enfants faire la collecte. Ces enfants, à leur tour, finiront certainement par devenir mendiants. Et la machine à fabriquer les mendiants se met en branle et tourne à l’infini. Akim cité plus haut explique :

« Je ne le fais pas de gaieté de cœur, mais je n’ai pas eu d’autre choix que de mendier. Très jeune, j’ai guidé mon père aveugle pour demander l’aumône dans les rues de Nouakchott. Je n’ai appris aucun métier. Demander l’aumône est la chose que je sais faire le mieux ».

Voilà un peu comment des humains dotés de tous leurs sens peuvent finir mendiants. Peut-être que s’ils avaient eu plus de chance ou s’ils avaient plus nourri leur rêve les choses auraient été différentes pour ces gens.

À SUIVRE : Boko Haram déscolarise 1 million d’enfants.

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