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Les “chibanis” marocains et la SNCF : 15 ans de combat judiciaire

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La nouvelle a fait la une de tous les médias français ce lundi 21 septembre : la SNCF a été condamnée pour discrimination envers des centaines de cheminots marocains. Une victoire qui vient récompenser le marathon juridique vieux de quinze années de ceux que l’on appelle chibanis : « cheveux blancs ou vielle personne » en arabe dialectal marocain.

À la sortie du tribunal, des cris de joie, des visages illuminés, une vive émotion qui pousse quelques-uns à s’écrier : « vive la justice française, vive la république ! ». Et il y a de quoi être heureux, l’entreprise publique a été condamnée dans neuf dossiers sur dix pour « discrimination dans l’exécution du contrat de travail » et « dans les droits à la retraite ». Les plaignants, qui réclamaient chacun en moyenne 400 000 euros de dommages et intérêts, vont recevoir en moyenne 200 000 euros chacun, et jusqu’à 400 000 euros pour certains.

Ce sont 832 recours qui avaient été déposés par des cheminots, des travailleurs qui s’estimaient avoir été bloqués dans leur carrière et lésés à la retraite en raison de leur nationalité. Sur les 820 recours, 650 requêtes ont été jugées recevables. Mais au-delà de la compensation matérielle, ce verdict est « une véritable récompense morale », confie Mme Clélie De Lesquen, avocate des retraités. Mohammed, un cheminot à la retraite, ne manque pas de saluer sur Twitter une fois de plus la justice française : “On sort de 10 ans de galère. Bravo à la justice française qui reconnaît les préjudices”. 

Qui sont ces chibanis ?

Tout a commencé dans les années soixante-dix. La SNCF, en manque d’effectif, se tourne vers le Maroc, en phase postindépendance, pour embaucher près de 2000 Marocains. Une main-d’œuvre nécessaire au développement de la compagnie ferroviaire, à l’époque en plein essor économique. Ces travailleurs costauds et en bonne santé sont capables de toutes les besognes : construction des voies, entretien des trains, tirage des wagons, graissage, au charbon, etc. Et pour cause, la sélection, ou plutôt les visites médicales, ont été faites dans les régions qui avaient fourni des militaires à la France lors de la Seconde Guerre mondiale, où celles qui avaient un taux important de gens en bonne santé.

Un contrat « discriminatoire » ?

La compagnie ferroviaire a signé avec les travailleurs marocains un contrat à durée indéterminée de droit privé « pour travailleur étranger ». Un statut contractuel spécial, les “PS25”, qui ne donne pas accès au statut administratif de « cadre permanent » ou d’« agent au statut », accessible, lui, aux seuls Français. Un statut qui ne permet pas de cotiser aux mêmes caisses de santé et de prévoyance, et plus dérangeant encore, ne permet pas aux travailleurs marocains de partir à la retraite au même âge, ou avec le même taux de pension que leurs collègues français qui font exactement le même boulot.

Aujourd’hui, la plupart d’entre eux ont la double nationalité, ce qui n’était pas le cas alors. Comme dit précédemment, il fallait être naturalisé pour bénéficier du statut particulier des cheminots.

Après des décennies de travail, les « indigènes du rail » comme on les surnomme, ne se plaignent plus de l’environnement ou de la nature du travail, aussi difficiles soient-ils, mais déplorent une « discrimination » comme en témoigne cet ancien cheminot : « on a fait le même boulot, mais on n’avait pas les mêmes avantages que les collègues français pour la retraite, la médecine ou les jours de carence ». D’autres regrettent la frustration de ne pas pouvoir évoluer au sein de la compagnie, et de ne pas monter en grade, au même titre que les salariés français.

À SUIVRE : Que doit-on retenir de la visite de François Hollande au Maroc ?

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