Culture

Le désarroi des derniers rastas d’Éthiopie

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Souvent associé à la Jamaïque, le mouvement rasta possède néanmoins son territoire officiel en Éthiopie. La situation actuelle de cet espace est suffisamment préoccupante pour faire craindre sa disparition pure et simple. Les aléas du mouvement rastafari sont étroitement liés à l’histoire de l’empereur Haile Selassie. Tous deux naissent et se développent sensiblement aux mêmes périodes, et le décès de l’empereur correspond aussi au déclin de la communauté des Rastas d’Éthiopie. Pillés de leurs terres et victimes de luttes internes stériles, les Rastas voient s’éloigner chaque jour un peu plus, leur grand rêve d’une douce nation.

Le couronnement d’un empereur

La naissance du mouvement rasta remonte aux années 1930. Cette philosophie culturelle et religieuse s’inspire d’un mouvement plus ancien nommé l’éthiopianisme, une pensée qui revendique la sacralisation de l’Éthiopie, la terre sainte des Noirs du monde entier, et qui prédit l’arrivée d’un prince descendant du roi Salomon et de la reine de Saba. L’un des grands prédicateurs du mouvement rasta est Marcus Garvey (1887-1940), lequel prédit l’arrivée du grand roi d’Éthiopie et revendique le retour des descendants des esclaves sur les terres d’Afrique. Le couronnement d’Haïlé Sélassié I en 1930 constitue une étape majeure dans le mouvement rasta, car l’empereur d’Éthiopie est immédiatement reconnu par les adeptes du rastafari comme le Messie, le seigneur des seigneurs, le lion conquérant de la tribu de Juda, la lumière du Monde, l’élu de Dieu ou plus simplement, le dirigeant légitime de la Terre.

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Le don de la terre

Dès son accession au trône, l’empereur développe une relation privilégiée avec les Rastas. Toutefois ce n’est qu’en 1948 que le grand Roi facilite l’installation des Rastas en Éthiopie. Lors de l’invasion italienne qui dure de 1937 à 1941, la diaspora noire du monde entier se mobilise pour soutenir Haïlé Sélassié Ier. Pour les remercier, ce dernier leur offre un territoire de 500 hectares situé dans la ville de Shashamané, au cœur de la vallée du Rift que beaucoup considèrent comme le berceau de l’humanité. Au cours des années qui suivent, des dizaines de milliers de Rastas jamaïcains et de juifs noirs migrent sur ce territoire pour s’y installer. La ville se structure autour de ces nouveaux arrivants et de nombreuses communautés apparaissent.

Un territoire en peau de chagrin

En 1974, quand l’empereur est renversé par la junte militaire de la Derg, différentes nouvelles lois sont promulguées parmi lesquelles on retrouve la nationalisation de toutes les terres y compris les 500 hectares de Shashamané qui appartiennent aux Rastas. Par la suite, seule une dizaine d’hectares leur est restituée.

À la perte de leur territoire, les Rastas sont confrontés à des problèmes inextricables comme la non-reconnaissance de leur nationalité éthiopienne ou les luttes intestines qui opposent des groupes comme les Bobo Shanti, les 12 Tribus d’Israël, les Nyabinghi ou la Fédération internationale éthiopienne. C’est d’ailleurs à cette dernière organisation que l’Empereur a accordé les terres en 1948. Aujourd’hui, les divisions qui règnent au sein de la grande communauté des Rastas les empêchent de définir des revendications unifiées ou de parler d’une seule et même voix aux représentants du gouvernement.

Le projet d’une terre d’accueil pour les fils d’Afrique qui ont été arrachés à leur terre durant la grande période de l’esclavagiste se réduit comme peau de chagrin et perd chaque jour de son brillant. Désormais, les drapeaux aux couleurs rastas qui flottent un peu partout sur ce petit territoire ne masquent plus le désarroi des derniers Rastas d’Éthiopie.

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