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Le bras de fer entre le gouvernement du Burundi et la communauté internationale

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Un mois après le début des protestations qui ont déjà fait des centaines de morts, la situation du Burundi alerte la communauté internationale. Beaucoup de spécialistes voient se dessiner les signes précurseurs d’un retour de la terreur et les prémices d’une confrontation ethnique qui rappelle les heures les plus sombres du génocide du Rwanda. L’ONU, l’Union Africaine (UA) l’Europe et les États-Unis ont tous réagi aux derniers évènements, néanmoins le président Pierre Nkurunziza a déjà indiqué qu’il n’avait besoin d’aucune aide externe et il s’évertue même à donner l’image d’un pays « normal ».

La mission de l’ONU

C’est au lendemain de l’attaque coordonnée des insurgés contre 3 camps militaires de Bujumbura, puis de la répression sanglante des militaires, que l’ONU a appelé au déploiement de toute urgence d’une mission au Burundi. Le texte a été débattu lors d’une réunion extraordinaire du Conseil des droits de l’homme à Genève, et ce, à la demande des États-Unis. L’émissaire de l’ONU au Burundi, l’anglo-marocain Jamal Benomar, n’a pas hésité à déclarer que :

« Le pays est au bord d’une guerre civile qui risque d’embraser toute la région ».

Rappelant à tous l’incapacité de la communauté internationale à stopper le génocide du Rwanda en 1994, il a précisé sa pensée en disant :

« Nous devons tout faire pour prévenir des violences de masse et agir de manière décisive si de telles violences surviennent. » Quelques heures plus, Ban Ki-Moon, le premier secrétaire de l’ONU s’est déclaré « très inquiet de l’escalade de la violence au Burundi […] depuis quelques jours. »

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Les inquiétudes américaines

Cette réunion extraordinaire fait suite à une demande officielle des États-Unis. C’est l’un des premiers pays à afficher son inquiétude. Dès le mois de mai 2015, et suite aux violences qui ont succédé au coup d’État manqué du mois d’avril, les États-Unis ont ordonné « aux personnels américains non indispensables et à leurs familles de quitter le pays, et précisé que, l’ambassade des États-Unis ne peut offrir que des services d’urgence très limités à ses citoyens. »

La réaction africaine

L’Union africaine (UA) s’est aussi alarmée de l’évolution de la situation. Elle sait qu’un embrasement de la zone des Grands Lacs est possible. Associée à cette résolution internationale, l’UA vient d’autoriser à travers son Conseil de Paix et de Sécurité (CPS), le déploiement d’une mission de 5 000 hommes dans le pays. Le communiqué officiel fait état d’une « mission africaine de prévention et de protection au Burundi (Maprobu), pour une période initiale de six mois renouvelable. » L’UA a demandé « au gouvernement du Burundi de confirmer dans les 96 heures suivant l’adoption de ce communiqué qu’il accepte le déploiement de la Maprobu et de coopérer avec elle ». Il est à peu près certain que le président Pierre Nkurunziza va refuser cette intervention étrangère, lui qui est l’un des éléments à l’origine de la crise et qui continue à diffuser l’image d’un pays en paix. Anachronique, la communication présidentielle rappelle que le président a participé à « la Semaine du Thé », elle évoque une nouvelle carte des sites touristiques et elle rappelle que le président a reçu la visite de courtoisie du vice-président d’une délégation de la Commission des droits de l’Homme et des peuples de l’Union Africaine.

Le gouvernement du Burundi doit formuler sa réponse à l’UA

Les membres de l’Assemblée nationale et ceux du Sénat du Burundi se sont réunis pour débattre de l’offre de l’Union Africaine (UA) de déployer une mission de maintien de la paix dans le pays. Reprenant le message de la présidence qui diffuse l’image d’un pays en paix (Jean-Claude Karerwa Ndenzako, le porte-parole adjoint de la présidence burundaise a parlé « d’un pays à plus de 98 % paisible. ») le Congrès a exhorté le gouvernement burundais à « ne pas hypothéquer la souveraineté » du pays en cédant à la demande de l’Union africaine. Les parlementaires ont insisté sur le fait « qu’il n’y a pas de génocide en préparation ou en cours » au Burundi.

Ces déclarations doivent être interprétées comme une mise en garde adressée à la communauté internationale. Les représentants des 2 chambres ont en effet rappelé le principe de « non-ingérence d’un État membre (de l’UA) dans les affaires intérieures d’un autre membre ». Ce principe régit les lois internationales et notamment les textes fondateurs de l’ONU.

L’UA a déjà informé qu’en cas de refus du président burundais, le déploiement pourrait avoir lieu malgré tout. Jean-Claude Karerwa a rappelé que :

« Si les troupes de l’UA venaient sans l’aval du gouvernement, il s’agirait alors d’une force d’invasion et d’occupation, et le gouvernement burundais se réserverait dans ce cas le droit d’agir en conséquence ».

 À SUIVRE : Crise au Burundi : vers une nouvelle guerre civile ?

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