Santé

La non-scolarisation des filles : une  plaie pour l’Afrique de l’Ouest

En dépit des nombreuses luttes égalitaires de ces dernières années, les femmes subissent toujours une forme d’oppression, et la fille, en Afrique, continue d’être considérée comme étant inférieure au garçon. Dans maintes contrées ouest-africaines aujourd’hui encore, quand le garçon se rend à l’école, la fille reste aux côtés de la mère au marché ou tout simplement au foyer. La non-scolarisation des filles reste une réalité sur le continent. Quelles sont les origines du phénomène, et pourquoi survit-il ?

Des origines culturelles ancestrales

Le phénomène de la non-scolarisation des filles puise d’abord sa source dans des dispositions mentales et sociales ancestrales. En effet, dans la bonne vieille tradition africaine, il se dit, et beaucoup le tiennent pour parole d’évangile, que « la femme est faite pour procréer et pour prendre soin de son foyer ». Les filles, futures femmes, étaient, de ce fait, éduquées dans ce sens, et reléguées aux tâches ménagères. C’était à elles d’aider leurs mères à la cuisine, et de s’occuper de leurs plus jeunes frères et sœurs.

« J’étais au Cours Moyen 2ème année avec mon frère quand on m’a retirée de l’école. Mon père et mes oncles ont expliqué que  l’école était inutile pour une femme. On m’a mise dans un atelier de couture. Pourtant, j’étais souvent première de ma classe », confie Adjouavi dans un français qu’elle tente de maintenir limpide.

Quand la pauvreté alimente une pensée rétrograde

Aujourd’hui, la polygamie et la pauvreté favorisent le maintien de cette attitude mentale pour le moins désuète. Et comme Adjouavi, beaucoup d’autres filles n’ont d’autres choix que d’abandonner les classes faute de moyens financiers. Les efforts fournis par les divers gouvernements qui prônent la gratuité de l’école pour les filles, ne permettent pas encore d’éradiquer le mal. Les rapports et statistiques de l’UNICEF dépeignent tristement le phénomène. De 2008 à 2012, le taux brut de scolarisation des filles était de 20,2 % au Bénin. Beaucoup de parents pauvres ont pour coutume de confier leurs enfants à des familles plus aisées qui font la promesse de scolariser ces enfants qui, au final, sont surexploités et forcés au travail.

« Je ne vois aucune nécessité à laisser une fille aller au-delà du Certificat d’Études. Quand ma dernière fille sera au CM2, je la placerai chez une amie en ville. Je n’ai pas les moyens pour supporter la scolarisation d’une fille. », Moussa, père d’une famille de onze enfants, dont six filles.

Des conséquences fâcheuses

Les conséquences du phénomène de la non-scolarisation des filles se font sentir à bien des niveaux. Des études menées par l’UNICEF en Côte d’Ivoire il y a quelques années ont révélé que sur 1000 naissances 103 décès se produisent dans le cas où les mères n’ont jamais été scolarisées. Les décès passent à 53 quand elles ont achevé leur éducation au primaire, à 30 si le premier cycle du secondaire a été atteint et à 24 dans le cas où elles ont pu atteindre le second cycle du secondaire. Dans la même verve, au Mali, les mêmes études ont révélé que les chances que les femmes déclarent la naissance de leurs enfants après accouchement augmentent si elles sont instruites. Ces chances sont de 98% quand elles sont scolarisées, et descendent à 65% dans le cas où elles ne le sont pas.

Des mesures d’accompagnement encore insuffisantes

Dans les zones concernées, les gouvernements font déjà quelques efforts. Au Bénin par exemple, la gratuité de l’école au niveau primaire est aujourd’hui une réalité. De nombreuses autres organisations apportent leurs contributions au travers d’appui et de subventions aux familles les plus démunies pour encourager la scolarisation des enfants filles.

Toutefois, l’insuffisance d’écoles, le faible niveau de la qualité de l’enseignement par endroit, le défaut d’enseignants, sont des facteurs qui annihilent quelque peu ces différents efforts. Et on se demande parfois, à raison, si un jour viendra où les taux de scolarisation des filles seront dans l’ordre de 90%.

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