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8 points-clés pour comprendre la crise politique au Burkina Faso

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Dernier rebondissement dans le feuilleton burkinabé : deux semaines après le putsch orchestré par le général Diendéré, l’armée reprend enfin la caserne des ex-putschistes à Ouagadougou signant la fin de ce coup d’État qui a fait beaucoup de morts, mais aussi beaucoup tord à un pays instable en phase de transition démocratique. Si vous n’avez pas tout suivi depuis le début, voici quelques points-clés qui expliquent l’origine de la crise au Burkina Faso, un pays dans lequel l’armée a une forte influence depuis des décennies.

1. Tentative de changement de constitution

Tout a commencé le 12 décembre 2013. Blaise Compaoré, président depuis 1987 (27 ans au pouvoir), décide de modifier un article de la Constitution qui limite normalement le nombre des mandats présidentiels. Cette tentative de modification lui permettrait de se représenter, pour un cinquième mandat, à l’élection de 2015. L’opposition ougandaise crie au « coup d’État constitutionnel » ce qui crispe le paysage politique local.

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2. Des manifestations par dizaines de milliers

Moins d’un an après sa déclaration, Blaise Compaoré persiste, signe et présente un projet de révision constitutionnelle qui attire tout de suite la foudre de l’opposition. Cette dernière appelle une grande mobilisation de la société civile qui a eu lieu le 28 octobre 2014. Une foule de manifestants va jusqu’à bruler l’assemblée nationale et prendre les commandes de la télévision nationale le 30 octobre 2014. Le président lance un « appel de calme et de sérénité » sur Twitter mais ce ne sera pas suffisant. Les burkinabés en colère forcent la main du gouvernement pour arrêter toute tentative de modification de la Constitution. Une pression éjecte le président burkinabé le 31 octobre 2014, qui trouve ensuite refuge en Côte d’Ivoire.

3. La phase de transition

C’est le lieutenant-colonel Isaac Zida qui s’occupe de la phase de transition post-Compaoré. Le militaire s’engage à remettre le pouvoir aux civils dans un cadre qu’il cite « constitutionnel ». Deux semaines après l’éviction du président déchu, les militaires signent la charte de transition le 16 novembre 2014 et désignent le lendemain le diplomate Michel Kafando à la tête du pays. Le 22 janvier 2015, le président de transition annonce la tenue des élections présidentielles le 11 octobre de la même année et s’engage à remettre les pleins pouvoirs au prochain gouvernement.

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4. Les tensions avec les pro-Compaoré

Le 4 février 2015, le Régiment de sécurité présidentielle (RSP) demande l’éviction et le départ du Premier ministre « militaire » Isaac Zida. L’opposition voit là une tentative de sabotage et de sabordage des futures élections présidentielles. La crise entre le RSP et le gouvernement de transition est résolue à condition que ce dernier fasse la promesse, via son Premier ministre, de ne pas destituer le RSP. Deux mois plus tard, les députés valident un nouveau code électoral qui interdit aux proches du président évincé de participer aux élections d’octobre. Résultat : trois ex-ministres ainsi que des proches du président Compaoré sont arrêtés.

5. Les tentatives de renversement

Les tensions entre les deux clans vont prendre une autre tournure en juillet avec les rumeurs d’un soi-disant complot déjoué visant le Premier ministre Zida. Le même mois, coup de tonnerre : la cour de la CEDEAO s’est prononcée contre une invalidation en masse de candidatures. Mais malgré cette annonce, certains des candidats pro-Compaoré sont éjectés de la liste.

6. Le coup d’État

À moins d’un mois de l’élection présidentielle, la situation dérape de nouveau à Ouagadougou. Le 14 septembre 2015, la Commission nationale de réconciliation et des réformes « déclare la guerre » au RSP en recommandant et en appuyant sa destitution. Les réactions ne se font pas attendre : deux jours seulement après cette déclaration, le général Gilbert Diendéré, ancien chef d’état-major de l’ex-président Blaise Compaoré retient le président intérimaire Michel Kafando et le Premier ministre Isaac Zida au Palais présidentiel et prend également le contrôle des médias burkinabé. Il s’auto-nomme à la tête du Conseil National de la Démocratie.

7. Le retour au pouvoir de Michel Kafando

Le 23 septembre 2015, une semaine après avoir été chassé du pouvoir, le président de la transition est réinstallé à la tête du pays. Les putschistes et les forces loyalistes tombent d’accord sous la pression des pays de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et de la communauté internationale. Les hommes du général Diendéré retournent dans leurs casernes et rendent le pouvoir à Kafando.

8. La RSP rend les armes

Les soldats hostiles de la RSP refusent de s’engager dans le processus de désarmement et agressent le personnel chargé de cette mission. L’armée reprend le palais présidentiel de Kosyam et la caserne Naaba Koom 2 où étaient retranchés les derniers éléments de la RSP. Dans un communiqué, le gouvernement déclare: “Le gouvernement de la transition (…) lance un appel au renforcement de la réconciliation et de l’unité nationale et exhorte tout un chacun à oeuvrer dans ce sens”. Diendéré, qui avait refusé sa réaffectation au sein de l’armée de terre, se serait retranché à l’ambassade du Vatican.

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